L’humour en communication médicale

L’humour s’impose aujourd’hui comme un levier central de la communication. Outil d’attention et de connivence, il humanise, mais pose une question cruciale : jusqu’où peut-on faire rire sans trahir l’éthique du message ? Dans la communication médicale, cet enjeu devient encore plus sensible. L'humour attire l’attention et crée de la complicité, tout en affrontant la peur, le tabou ou la culpabilité dans ce secteur sensible. Il agit alors comme un instrument de persuasion visuelle, mais exige une maîtrise du ton et de la forme pour préserver la justesse du propos. Le design graphique devient alors le terrain d’expression privilégié de cette tension entre séduction et responsabilité, où chaque choix visuel engage la crédibilité du message. Nous arrivons donc à nous demander :

Comment sensibiliser avec humour sans dénaturer le message médical ?

Jérôme Guibourgé (2008) définit l’humour publicitaire comme un processus à trois niveaux : phorique, éthique et axiologique. Dans la communication médicale, ces dimensions s’entrelacent pour créer une proximité inédite entre le spectateur et un sujet souvent perçu comme délicat. Le rire devient alors un outil cognitif : il stimule la curiosité, favorise la mémorisation et désarme la peur. Le Dr Nammar souligne d’ailleurs que le rire stimule la compréhension par un effort d’interprétation, tout en générant des émotions positives qui atténuent les blocages mentaux liés à l’assimilation d’informations difficiles.

La campagne #JeMeTâte du CHU de Lille illustre cette dynamique : relayée par le LOSC, elle montre comment l’humour permet de faire circuler un message médical au-delà du cadre institutionnel, en s’ancrant dans la culture populaire et en renforçant son impact social.

Cependant, cette efficacité repose sur une limite : l’humour, en désamorçant la peur, risque aussi d’en atténuer la gravité. Guibourgé rappelle que toute communication humoristique engage la responsabilité morale de son émetteur. Dans le domaine médical, cette frontière est particulièrement fragile. La campagne de l’Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière (ICM) en révèle les enjeux : elle met en lumière la difficulté de concilier légèreté du ton et respect du sujet. Cet exemple ouvre la réflexion sur la fonction critique de l’humour, capable de provoquer un malaise volontaire pour mieux éveiller la conscience du spectateur.

Le design graphique joue alors un rôle décisif en modulant la tonalité du rire et en garantissant la justesse du propos. Comme le démontrent Nathalie Blanc et Emmanuelle Brigaud, l’humour dépasse la peur parce qu’il maintient la réceptivité du public. La campagne grand public de l’Inserm illustre comment l’humour peut transformer le spectateur en acteur critique face à la désinformation. Elle ouvre des questionnements sur la manière dont le design peut concilier séduction et responsabilité, et sur la légitimité du rire comme outil de sensibilisation.

L’humour en communication médicale révèle une tension féconde entre émotion et rigueur morale. On comprend qu’il ne s’agit pas de rendre la maladie drôle, mais la santé intelligible. Le design graphique, commissionnaire, permet d’articuler ce paradoxe : rire non pas pour fuir le sérieux, mais pour mieux le comprendre.

Bibliographie

  1. Éthique et humour en communication médicale

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